San Agustin, le pays des statues

La route entre Villavieja et San Agustin est sans fin !

Nous quittons Villavieja en fin de matinée. Le GPS nous annonce 6h de route pour 280 km. C’est une blague ???!! Au début, je me dis qu’il y a une erreur, que Waze a perdu le réseau et qu’il va recalculer l’itinéraire. 46 km/h de moyenne tout de même !!! Mais finalement, nous mettrons même un peu plus que cela !

Il faut imaginer une route où la ligne droite est une notion abstraite. La route serpente en permanence à droite, à gauche, tout en montant et en descendant des collines. Le paysage entier est une succession de petites bosses verdoyantes. C’est très joli mais l’attention permanente que requiert la conduite ne me laisse pas souvent le temps d’en profiter. La circulation est assez dense et surtout, il y a beaucoup de camions. Certains sont vraiment très lents et si on ne veut pas faire une moyenne de 20-30 km/h, il faut les doubler. Et apprendre au passage que la double ligne jaune du marquage central est également une notion abstraite !!!

Cette journée de route a été très frustrante : d’un côté on n’avançait pas et d’un autre, quand il y avait un truc sympa à voir, on ne pouvait pas s’arrêter. A 18h, j’avais bien envie de tout envoyer balader et de m’arrêter dans le premier hôtel venu. Nous finissons tout de même par arriver à 19h à San Agustin et à trouver refuge dans un magnifique backpacker sur les hauteurs de la ville. Même de nuit, nous tombons tout de suite sous le charme de « Chez François », avec son magnifique jardin et la grande cabane pour nous 6.

Ce mardi, les sites archéologiques de San Agustin sont fermés. Mais il y en a d’autres à côté de Isnos et de belles cascades à découvrir.

C’est quand même hyper confortable d’avoir les voitures. Cela compense notre manque de préparation et d’anticipation. Alors que les autres touristes sont partis super tôt avec des tours organisés, nous préparons notre circuit avec la fille de la réception (hyper efficace). Nous allons faire à peu près comme les autres, mais à notre rythme. On se serre à 6 dans une voiture et c’est parti.

La première cascade ne vaut vraiment pas le coup. Le site est hyper exploité : tyrolienne, passerelle de verre, balançoire au dessus du vide, via ferrata, pont de singe, trampoline, piscine … tout est payant et les enfants veulent tout faire. Nous filons d’ici en vitesse.

Alto de las piedras

Direction notre premier site archéologique : Alto de las piedras. Le site est sur une petite colline. Des abris ont été construits au dessus des statues mais à part cela, elles sont sensées être positionnées à peu près à l’endroit où on les a découverte. Ces statues auraient été sculptées entre le 1er et le 8e siècle après JC par des peuples dont on ne connait pas grand chose.

Gardiennes de tombeaux, plus de 500 statues sont aujourd’hui connues et beaucoup d’autres sont probablement encore cachées sous les collines de la région. Le parc archéologique de San Agustin est considéré comme la plus vaste nécropole du monde. Sur le site Alto de las piedras, on peut observer des tombes dans des fosses de plusieurs mètres de profondeur et des statues sous des dolmens (les gardiens de l’entrée des tombeaux).

Après notre petite promenade sur la colline (zaï zaï zaï zaï), les enfants grignotent un assortiment d’empanadas et de papas rellenas à côté de la voiture. Soudain, Gaëtan pousse un cri et désigne ma jambe. Réflex, j’envoie balader le truc qui me grimpe dessus et ensuite, je regarde de quoi il s’agit : une feuille ? Qui bouge toute seule ? Non, une mante religieuse déguisée en feuille ! Je ne suis pas très fan de ce genre de bestiole mais là j’avoue que je suis fascinée et admirative par la qualité du camouflage déployé par cet insecte. Il y a même un petit trou bordé de marron sur une aile. Prodigieux !

La fabrique de panela :

Nous partons voir une nouvelle cascade qui se trouve à quelques km du site de Las piedras. On nous avait dit que la route ne serait pas facile mais qu’en y allant doucement, cela passerait (depuis, on a fait bien pire). Nous prenons donc une piste en terre et grimpons dans les collines. Les paysages sont magnifiques : plantations de café sur les pentes, bambous qui jaillissent en gerbes vert tendre, grandes feuilles des bananiers, petites maisons blanches entourées de fleurs. Sur cette piste nous croisons peu de voitures car tout le monde se déplace en moto. Cela convient parfaitement aux familles jusqu’à 2 jeunes enfants. Et à partir de 10 ans, les gamins conduisent eux même la moto ! On peut même accrocher une remorque derrière la moto si besoin.

Bref, nous roulons tranquillement sur la piste lorsque nous arrivons au niveau d’une petite production familiale de panela. La panela est une sorte de pain de sucre fabriqué à partir du jus de la canne à sucre. Le procédé nous intéresse fortement car il se trouve que papy Michel a justement essayé d’en faire à Libourne début janvier, à partir de sa propre production de canne à sucre (et oui, la canne à sucre se plait bien à Libourne !). Il avait fait bouillir le jus de canne pour en extraire l’eau mais n’avait pas réussi à faire cristalliser le sucre (le jus s’était transformé en caramel). Aussi, dès que nous apercevons des gens en train d’extraire le jus de la canne à sucre dans un moulin, nous nous garons sur le bas côté et nous allons regarder de plus près comment cela se passe. 3 personnes s’occupent des cannes à l’extérieur.

A l’intérieur du bâtiment, le jus bouillonne dans plusieurs bassins. Lorsque la consistance voulue est obtenu, la cuisson est stoppée puis la mélasse est versée dans des moules pour constituer des pains de 2kg. Entre le bruit du moulin et la vapeur qui s’échappe des marmites, nous n’avons pas trop l’occasion d’échanger avec ces gens mais c’était sympa de les voir faire et de leur en acheter quelques kilos.

Cascade de Bordones : la plus haute chute de Colombie !

Nous arrivons au point de vue sur la cascade (il faut descendre un peu sur un petit sentier). Celle-ci est magnifique et aucune infrastructure ne vient polluer le site. On peut probablement descendre jusqu’au pied de la cascade par le sentier qui zigzague dans la pente raide et cela m’aurait bien tenté. Mais le grondement du tonnerre au loin nous oblige à faire demi tour. Nous avons à peine rejoint le village de San José que la pluie se met à tomber. Tans pis pour le site archéologique « Alto de los Idolos » que nous devions visiter ensuite. Nous rentrons nous mettre à l’abri chez François !

Les enfants apprennent plein de jeux de cartes avec papy. Ils sont fans du tour de France (un jeu 100% Cervennansky !)

Le soir, nous commandons un repas au backpacker et faisons connaissance avec la propriétaire. Elle est en train de déguster un verre de vin chilien en attendant son repas. C’est un malbec de la réserve personnelle de chez François, mais elle m’en offre gentiment un verre. Je sors alors le comté du Jura que nous avons apporté avec nous (non pas par peur de manquer de fromage mais tout simplement parce qu’il en restait un gros morceau dans le frigo au moment de notre départ). On peut dire qu’il aura fait des heureux ce comté !!!

2ème jour : nous allons visiter le site archéologique de San Agustin. C’est immense !

Plutôt sympatiques ces statues !

Nous ne prenons pas de guide pour pouvoir nous promener à notre guise. Du coup, nous commençons par le musée afin d’avoir quelques informations sur ce que nous allons voir mais cela reste très limité. Direction un sentier qui serpente dans la forêt et le long duquel on peut voir de nombreuses statues. Elles sont plutôt rigolotes, avec leurs sourires bizarres ! Mais plus encore que les statues, c’est leur environnement qui me fascine. La forêt est somptueuse ! De partout, des cascades de feuilles vertes dégringolent des arbres. Une vraie jungle. Avec les statues au milieu, je trouve que tout cela a un petit air d’Indiana Jones et le temple maudis !

Nous retrouvons ensuite une installation un peu similaire à celle du site Alto de la piedras : une colline avec des tombeaux. En écoutant des bribes d’explications des guides à droite à gauche, nous en apprenons un peu plus sur les interprétations qui ont été faites par les archéologues. Mais c’est un balayeur qui nous enseignera le plus de choses. Il y a en effet beaucoup de personnel qui travaille pour maintenir le site en état (et tout est nickel !). Nous voyant observer une statue (l’air interrogateur ?), un balayeur est venu nous montrer tout un tas de détails que nous n’avions pas remarqués. Notamment le nombre de dents qui sont représentées entre les crocs des statues : 4 dents, c’est pour le singe, 5 dents, c’est l’ours, 6, le jaguar, 7 et plus, le caïman. Voilà qui a relancé l’intérêt des enfants qui sont allés compter toutes les dents des statues des alentours !

La visite est loin d’être finie. Il y a encore un très joli site appelé « Fontaine de lavapatas ». Puis une longue montée de 130 marches pour atteindre l’Alto de Lavapatas. Les statues exposées là haut ne valent clairement pas la grimpette mais nous y avons vu une magnifique chenille « nudibranche » !

Il y a une vidéo dans la partie photo !

Sur le chemin du retour, les enfants crient famine. La visite du parc n’est pas encore finie et nous nous posons dans un restaurant fort sympathique au milieu des escaliers. Nous avons bien compris maintenant que 3 menus du jours suffisent pour nous 6 car ils comportent à chaque fois une soupe et une assiette bien garnie. C’est un peu toujours la même chose : nous avons juste à choisir la viande (porc, boeuf ou poulet). La garniture comporte invariablement du riz et des crudités, presque toujours des bananes plantains. Ensuite, il y a quelques variations sur les autres accompagnements (haricots rouges, lentilles, frites ou yuca etc). Les enfants piochent dans ce qu’ils aiment et nous finissons les assiettes ! Pour l’instant, on ne s’en lasse pas. Un jus de fruits frais accompagne généralement ces belles assiettes.

Nous, ce ne sont pas les statues qui nous intriguent le plus mais les bancs en bambous !!!

Sur le chemin du retour, nous retrouvons notre balayeur et ça tombe bien car nous avons des questions pour lui. Nous avons découvert avec grand intérêt toutes les constructions qui sont faites à partir du bambou. Des barrières bien sur, mais aussi des constructions plus élaborées où le bambou est éclaté en lamelle, ce qui permet de faire des sortes de planches de bambou. Notre balayeur s’y connait en bambou et nous enseigne la meilleur façon de le couper (à la lune montante, entre 5h et 6h du matin), le temps de séchage en fonction de l’utilisation que l’on veut en faire et enfin, la fameuse technique qui permet de l’éclater en planche. Il nous accompagne même sur le chemin pour nous montrer comment reconnaitre quand un bambou est bon à couper !

Après cette longue visite, nous concluons la journée par un dernier site naturel : l’estrecho du rio Magdalena.

Estrecho signifie « rétrécissement ». Le rio Magdalena est le plus long fleuve de la Colombie. 1500km plus loin, après avoir traversé la Colombie jusqu’à Barranquilla, il va se jeter dans la mer des caraïbes. Mais tout près de San Agustin, il se trouve coincé par des formations rocheuses et atteint à peine 2m de large par endroit. Michaël était bien tenté par l’idée de sauter de l’autre côté mais les enfants n’étaient pas d’accord ! C’était quand même un peu chaud !

Tombeau
El doble yo : une statue un peu particulière qui représente le lien entre le monde des vivants et celui des morts
Entrée du site
Nous avons achté 2 gros pain de panela
Les fumées au loin indique une autre production de panela
Sur le sentier qui descend vers la cascade
encore une fabrique de panela
Plantation de café
L'orage approche
Les chats de chez François adorent dormir dans notre chambre (elle, c'est la chef des chats et des chiens !)
Il donne sa langue à qui ?
Une jeune pousse de bambou (+30cm par jour). Attention, ne pas toucher, c'est plein de petites épines !!!!
Ici, c'est un docteur qui vient d'accoucher une femme (elle est à l'envers) et qui tient le bébé (d'après le guide, il a fait une césarienne à cause de la rayure verticale gravée sur la femme)
"Fontaine de lavapatas". De l'eau peu profonde coule dans un dédale de petits canaux creusés dans la pierre, formant de mini fontaines. Des figurines apparaissent au milieu de l'eau. Il s’agit probablement d'un site dédiée à des rites spirituels.
La barbe de vieux tombe des arbres en cascade
Des fleurs de pitaya rose (le fruit, pas les fleurs)
Je suis fan alors il y en a 2 !
Jolies, mais non commestibles ces petites babanes !
Les déco de noël de San Agustin
Le rio Magdalena
La cuisine de chez François
Entre les chats, les chiens et le jardin, les enfants ne veulent plus partir !
Notre chambre, la cabaragna

1 réflexion sur “San Agustin, le pays des statues”

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